Quand médiatisation rime avec culpabilisation

Posté le 17 juin 2019 par Luna Gardet-Belle

TOUT AU LONG DE LEUR VIE, LA PLUPART DES FEMMES VONT CHEZ LE.A GYNÉCOLOGUE.  IL EXISTE AUTANT DE VÉCUS EN GYNÉCOLOGIE QU’IL EXISTE DE PATIENT.E.S ET DE PRATICIEN.E.S. QUE NOUS AYONS DÉCIDÉ D’ÊTRE SUIVIES PAR LE.A GYNÉCOLOGUE DE NOTRE MÈRE, OU QUE NOUS SOYONS SANS GYNÉCOLOGUE FIXE, CERTAIN.E.S D’ENTRE NOUS ONT DÉJÀ VÉCU UN MOMENT DE GÊNE, D’INCOMPRÉHENSION OU MÊME DE DOULEUR DURANT UNE CONSULTATION. DE CES EXPÉRIENCES PARFOIS DIFFICILES, LA POLÉMIQUE “PAYE TON GYNÉCO” EST NÉE EN 2017 SUR TUMBLR. PEU À PEU, UN ÉVEIL DES CONSCIENCES S’EST OPÉRÉ VIS-À-VIS DES MAUVAIS TRAITEMENTS GYNÉCOLOGIQUES ET LA PAROLE DES FEMMES S’EST LIBÉRÉE. SUITE À CELA,  UN GRAND NOMBRE D’ARTICLES JOURNALISTIQUES, DE REPORTAGES VISUELS ET AUDIOS ONT ÉTÉ RÉALISÉS SUR LE SUJET. NOTONS PAR EXEMPLE L’INTÉRESSANTE SÉRIE DE PODCASTS “LE GYNÉCOLOGUE ET LA SORCIÈRE” RÉALISÉE ET DIFFUSÉE PAR ARTE. AU MILIEU DE CETTE VAGUE MÉDIATIQUE LIBÉRATRICE, PLUSIEURS TITRES SONT PARUS DANS DIFFÉRENTS JOURNAUX EN S’ATTAQUANT AUX PRATIQUES DE CERTAINS GYNÉCOLOGUES. LES PROPOS EMPLOYÉS DANS LEURS CONTENUS SONT CEPENDANT ASSEZ EXTRÊMES ET CULPABILISANTS.  PAR EXEMPLE, LA UNE DU VIF “DOCTEUR, LES FEMMES C’EST PAS DU BÉTAIL !” ET SON ILLUSTRATION PEU SUBTILE OU ENCORE L’ARTICLE DE MADAME FIGARO “CES GYNÉCOS ARCHAÏQUES QUI FONT SOUFFRIR LEURS PATIENTES”.

Au milieu de cette vague médiatique libératrice, plusieurs titres sont parus dans différents journaux en s’attaquant aux pratiques de certains gynécologues. Les propos employés dans leurs contenus sont cependant assez extrêmes et culpabilisants.  Par exemple, la Une du Vif “Docteur, les femmes c’est pas du bétail !” et son illustration peu subtile ou encore l’article de Madame Figaro “Ces gynécos archaïques qui font souffrir leurs patientes”.

Si ces articles ne partent pas nécessairement d’une mauvaise intention, il ne faut cependant pas minimiser leur impact considérable sur la population. En effet, la grande influence de la sphère médiatique sur l’opinion publique est une vérité qui n’est plus à démontrer. Le problème avec ce genre de publications, c’est qu’elles créent dans l’imagination des lecteurs.rices une assimilation entre ces médecins aux pratiques douteuses et l’entièreté de la communauté gynécologique. Depuis la parution de ces titres, un sentiment de catégorisation s’est fait ressentir du côté des praticien.ne.s. De plus, ils ont également contribué à créer (ou amplifier) la peur dans l’esprit de certaines patient.e.s. En effet, ces articles sont un cas typique de “sophisme par association” qui consiste en l’assimilation d’un point B à C grâce à un point A. Un exemple de ce concept serait “je prend la pilule contraceptive, j’ai lu que la pilule rendait stérile, donc ma pilule contraceptive va me rendre stérile”. Bien que ce raccourci soit logique, il reste cependant inexact. Pour ce qui est du cas de la gynécologie, créer une assimilation entre l’entièreté de cette communauté médicale et les gynécologues aux pratiques douteuses est une erreur facile mais fondamentale.

En effet, il faut déjà souligner les nombreuses causes structurelles qui poussent certains praticiens à travailler dans des conditions désastreuses. Les hôpitaux connaissent une surcharge de travail considérable, l’épuisement et le manque de temps sont deux facteurs très présents dans ce secteur. Par conséquent, il est parfois difficile pour le personnel médical de pouvoir travailler son rapport au relationnel. De plus, la formation au relationnel des étudiants en gynécologie est extrêmement limitée, généralement ils se doivent d’apprendre les pratiques en observants les professionnels. Il est important de reconnaître ces manques que les professionnel.le.s subissent quotidiennement.

L’idée de cet article n’est pas de minimiser ou de nier l’existence des violences gynécologiques et obstétricales. Qu’elles aillent d’un geste perçu comme agressif à une hystérectomie (ablation partielle ou totale de l’utérus) pratiquée sans consentement (oui, cela existe aussi), les mauvaises pratiques sont une réalité qu’il est important de mettre en lumière afin de les faire disparaître. Cependant, il aurait été opportun dans un domaine si délicat de ne pas utiliser un procédé de culpabilisation puisque celui-ci attise la colère des praticiens et l’angoisse des patient.e.s.

 

Même s’il peut être tentant de suivre la pensée dominante par facilité et au dépit d’une analyse poussée d’une situation, il est pourtant important de ne plus se référer à ces articles généralisants. Il est désormais essentiel d’ouvrir la discussion entre les patient.e.s et les praticien.ne.s et de rétablir une relation de confiance, de respect et d’écoute. Les journaux concernés ne devraient plus faire la promotion de la peur tout en cherchant le sensationnalisme, mais devraient plutôt se concentrer sur la mise en valeur d’événements, d’ateliers ou de réunions amenant des solutions pour améliorer cette relation. Le groupe d’Aide au Deuil Périnatal qui se réunit de manière hebdomadaire au CHU de Liège est un bon exemple de rencontre réunissant patient.e.s et médecins et qui mériterait plus de visibilité. On peut également citer l’événement “Café Santé”, animé en décembre 2018 par l’ASBL Prémisse, durant lequel professionnel.le.s et patient.e.s ont pu échanger sur le thème de la médiation en hôpital. La multitude d’actions visant à mettre en contact ces deux publics a déjà prouvé, à maintes reprises la volonté de leur donner la parole en les rassemblant.

 

Le dialogue est ouvert, il faut maintenant continuer dans cette optique. C’est d’ailleurs pour cela que cette plateforme “Intime Idée” a été créée, afin de communiquer différemment sur la question et d’apporter des pistes de réponses possibles.